Professeur Letard



  Vieilles notes du Professeur Letard

Premier éleveur de chat Rex en France

LE PROFESSEUR ETIENNE LETARD
Président du Cat-Club de Paris et des Provinces françaises vous présente


UN CHAT NOMME REX

Marco Polo, premier Kater rex en France; Éleveur: Dok. R. Scheuer-Karpin, propriétaires: Prof. Letard ©
Voici < Marco >, élevé par Mme le Dr Scheuer-Karpin, et appartenant au Professeur Letard.
 Dans sa fourrure, qui accuse même quelques ondulations, il n'y a pas de poils
de jarre, mais uniquement du duvet... d'où cette douceur et ce chatoiement tout particuliers.
(Cliché pris au Cat-Club 1960.)




Fotos

 

La nature nous donne le cliché. Pour notre part, nous nous employons à tirer les épreuves.
Avec cette formule, le professeur Letard résume le processus d‘apparition - et de leurs applications à l’élevage - de mutations animales qui nous semblent relever de la magie.
C‘est, à la fois, très simple et très compliqué.
Amélioration des races, fixation de types nouveaux... Qu’est-ce à dire ? Comment cela a-t-il pu se produire ? On se perd en suppositions. Quel vent a passé sur cet être,  quel air a-t-il respiré, quelle révolution s’est faite en lui pour qu’il prenne l’allure d’une curiosité ?
Parfois, il semble un monstre ; souvent aussi  un phénomène agréable, l’illustration d’un type supplémentaire de l’esthétique animale. C’est alors que l’homme a envie de perpétuer cette incarnation sans précédent - ou qu’il considère comme telle.
Au spécialiste de la génétique, de la zootechnie, de jouer, en organisant, par des sélections successives et progressives, une descendance stabilisée !
Le professeur Letard est, sans doute, un des savants français qui, dans ce domaine, a obtenu les résultats les plus spectaculaires. Grâce à ses travaux, l’élevage, l’économie rurale ont, du reste, enregistré des progrès remarquables.
Il a fait de longs et multiples voyages, à travers toute l’Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Afrique du Nord et en Afrique noire. Au cours de plusieurs séjours en Grèce, il a organisé, en ce pays, l’amélioration du cheval. De Russie, où, dès 1935, il demeura plusieurs semaines, il revint pour faire connaître, en France, les techniques de l’insémination artificielle, qu’il a étudiées non seulement pour les grands mammifères mais pour le chien, le lapin, et aussi pour les volailles. Au début, l’intérêt de la méthode fut méconnu par presque tous, et le ministre de l’Agriculture lui refusa même l’achat d’un taureau pour de telles expériences. Mais le temps lui a donné raison. Les vaches du cheptel français sont, pour plus de la moitié, inséminées artificiellement chaque année. Et la méthode ainsi instaurée a fait de tels progrès techniques qu’il naît actuellement des veaux issus de semences "en conserve" produites par des taureaux morts depuis cinq ans.

Pendant des dizaines d’années, le professeur Etienne Letard s’est penché sur des anomalies des plus bizarres - parfois d’apparence déplaisante, parce qu'inhabituelles, parfois séduisantes : des lapins dits Rex ; des chats sans poils issus de Siamois ; des chiens nus ; des chiens à deux pattes, les autres atrophiées et marchant comme des kangourous ; des lapins sauteurs qui se déplacent le derrière en l’air, sur les membres antérieurs, véritables acrobates, légués par un inexplicable caprice de la Nature.

Le premier animal qui fut baptisé "Rex" était un lapin né en 1923. Nu à sa naissance, comme tous ceux de son espèce, il présentait des moustaches bouclées. En se développant, son système pileux offrit une singularité jamais vue : les poils de jarre n’existaient pas ; seul demeurait le sous-poil ou duvet, extraordinairement doux..

Près de quarante ans plus tard, le type Rex se manifestait chez un chat. La subtile exploration biologique recommença. Le dernier Salon du Cat-Club de Paris nous en a fait connaître les brillants succès.

C’est toute une histoire qui méritait d’être contée en détail.

En répondant aux questions de « Nature-Magazine », M. Etienne Letard, professeur honoraire de zootechnie à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, ancien président de l’Académie vétérinaire et de l’Académie d’agriculture de France, nous entraine sur des voies insolites de la connaissance animale qui sont un perpétuel sujet d’étonnement.



L’ancêtre, quel était-il ?

Le premier sujet de type Rex était, en Allemagne orientale, une simple chatte de ferme, d’origine inconnue. Celle-ci ne portait pas le grand poil, dit de couverture, ou jarre, mais seulement un duvet pareil à de la bourre, très légèrement ondulé. Ainsi se retrouvait l’exception reconnue sur un lapin, il y avait près de quarante ans - et que j’ai pu perpétuer.

On parlera, à juste titre, de la distinction, de la noblesse du chat Rex. Il n’empêche qu’il descend d’une humble chatte sans le moindre pedigree. C’est, en quelque sorte, un legs anonyme.

Une généticienne allemande, la doctoresse Scheuer-Karpin, recueillit l’animal et s’y intéressa dans l’intention d’accorder une postérité à ce caractère exceptionnel. Pendant des années et des années, elle organise des mariages, en partant de cette acquisition, sur le principe des lois de l’hérédité définies par Mendel - comme nous l'avions fait, un tiers de siècle plus tôt, pour le lapin déjà appelé Rex.

J’ouvre une parenthèse pour dire qu’aujourd’hui, chez les lapins, on rencontre le type Rex dans les différentes races, y compris l’angora. Chacune d’elles, même celles que caractérise ordinairement une longue fourrure, peut donc posséder des individus à fourrure de type normal, et des individus simplement recouverts d’un sous-poil duveteux, à la suite de croisements très méthodiquement conduits.

En Allemagne, la doctoresse Scheuer-Karpin a fait de même. Elle a obtenu, après des années de travail, le chat Rex en un certain nombre d’exemplaires. Et elle voulut bien me faire cadeau d’un mâle et d’une femelle.

Ces deux spécimens furent chargés à Berlin-Est sur un avion polonais, un samedi de juillet 1960. Je devais les prendre en charge au Bourget. Malheureusement, à la suite de je ne sais quelle méprise, on prétendit qu’ils n’étaient pas dans l’avion... qui repartit pour Varsovie. Là-bas, on retrouva les chats dans la carlingue. Mais il n’y avait plus d’avion dans l’immédiat pour Paris. Ils furent dirigés vers Zurich et, de là, sur Orly où ils n’étaient nullement attendus. Quand je pus enfin les retirer, le mercredi suivant leur envoi, les malheureuses bêtes, enfermées depuis quatre jours dans leur panier, étaient en très piteux état. Malgré mes soins, la chatte mourut le soir même. Seul me restait le mâle, âgé de trois mois. Je l’appelai Marco, en souvenir de son premier et pénible voyage.

Avec ce chat, entièrement noir, je devais refaire ce que la doctoresse Scheuer-Karpin avait réalisé en partant d’une chatte.



Par quel procédé s’est imposée la descendance de Marco ?

Je n’avais pas d’autre solution que d’accoupler Marco avec une chatte ayant une fourrure de type ordinaire.

J
e m’adressai à des éleveurs amis. L’un d’eux me prêta une chatte burmèse brune. Et je fis également appel aux service d’une chatte ordinaire... de gouttière : une belle inconnue au pelage noir, avec quelques taches blanches.

J’ai ainsi obtenu des chatons noirs, de pelage tout à fait ordinaire. On ne retrouvait pas, en eux (couleur mise à part), le moindre souvenir du pelage de Marco, notamment quant à sa texture si particulière.

l me fallait laisser grandir ses enfants pour les faire reproduire. La technique prévue était de croiser Marco avec ses filles. 

Hèlas ! Je jouais de malheur. Marco fut cruellement brûlé par une explosion accidentelle.  Il devint incapable de reproduire, alors que ses rejetons étaient encore très jeunes

Ma saule ressource était de croiser ceux-ci entre frères et sceurs pour que ressortent les caractères virtuels, en latence.

J’avais comme chances, un Rex sur quatre - et, sur la totalité de ces Rex à venir, trois quarts de noirs et un quart pour le brun. Autrement dit, une naissance sur seize devait se traduire par un Rex brun. Pour être encore plus précis, je pouvais logiquement attendre, sur seize produits, quatre Rex dont trois noirs et un brun, et douze chatons à poil normal - des jarreux -  parmi lesquels neuf noirs et trois bruns. Sur seize sujets, répartition par couleurs : douze noirs (dont trois Rex) et quatre bruns (dont un Rex).

Il en fut ainsi, après ce croisement entre métis. J‘ai donné à des éleveurs certains métis - noirs et bruns à pelage normal - avec lesquels pouvait être suscitée la venue au monde de nouveaux types Rex. N’oublions pas que les animaux métis, quoique d’hérédité mélangée, ont des cellules sexuelles qui restent pures, de sorte qu’elles transmettent intégralement soit l’un, soit l’autre des caractères de l’ascendant, ce qui permet de reconstituer le type initial. A tous les stades, la combinaison peut être poursuivie, étant entendu que le « jarreux »  est dominant pour la conformation pileuse comme l’est le noir pour la couleur ; car ce second calcul entra pareillement en ligne de compte.

Il faut soumettre, par étapes successives, les animaux jarreux, issus de deux métis, à la reproduction, pour savoir s’ils ont, en puissance, le caractère Rex. Pour que celui-ci s’exprime, il faut que par le jeu de la rencontre des particules de la cellule sexuelle (chromosome), le caractère « jarreux » se trouve éliminé. C’est pourquoi le Rex est définitif, dès qu’apparaît l’élégante fourrure qui le distingue.



Attendez-vous de nouvelles mutations ?

Cela va de soi, puisque j'ai fait des croisements de couleurs différentes qui doivent finalement « ressortir ». Actuellement, dans  les Rex français, il y a des noirs, des bleus, des bruns. Nous avons aussi un gris argenté et un sujet bronzé. On travaille actuellement pour obtenir un Rex blanc en nourrissant le très logique espoir d'y parvenir prochainement.

La chatte bumèse brune, croisée à l'origine avec Marco, possédait parmi ses ancêtres, m'avait-on signalé, un sujet bleu. Voilà qui explique la réapparition de ce caractère dans certains descendants Rex.

J'insiste sur le fait que les variations du duvet, dans le développement de l'individu, peuvent réserver des surprises, alors qu'on ne soupçonnait rien de tel à la naissance. Voici le plus bel exemple : un chaton intégralement noir, exposé à deux mois et demi, est devenu gris argenté. Un autre, déjà cité, devint bronzé après avoir été noir.



D'après les couleurs, les interprétations caractérielles sont-elles fondées ?

Il existe indéniablement certaines liaisons entre la couleur du pelage et quelques dispositions psychiques, chez diverses espèces animales.

C'est tout à fait net chez les souris et les rats : les albinos sont très doux. Quand on fait un croisement entre souris grises et souris blanches, tous les descendants sont gris - et pas très commodes. Mais une proportion de souris blanches réapparaît à la génération suivante. Et la sociabilité se manifeste à nouveau nettement.

Chez les chats, on constate aussi de telles coïncidences. Ainsi en général, les bruns, du type burmèse, sont extrêmement doux, caressants, tranquilles. Les noirs sont, souvent, plus espiègles, plus joueurs, plus indépendants, ce qui ne veut nullement dire qu'ils soient méchants.

En tout cas, si des variantes de caractère jouent chez les Rex en fonction de la couleur, je dois dire qu'aucun sujet de cette souche que nous avons sélectionnée par un modèle élancé, élégant, ne se range dans la catégorie des chats qui griffant et des chats qui mordent sans raison

.

Quelles conclusions tirer?

Le chat est une espèce très stable. Son évolution n'est en rien comparable à celle des chiens chez lesquels on voit, par exemple, des formats qui, chez l'adulte, évoluent de un à cent kilos. Les variations des chats reposent avant tout sur l'extérieur, le décor, et, plus particulièrement, sur ce qui concerne le poil.


Retenons qu'avec Rex, la variation enregistrée ne porte pas sur des poils plus ou moins longs, mais sur une différence fondamentale dans la structure même de la fourrure qui peut être conférée à n'importe laquelle des races félines actuellement existantes.

A la naissance, le chaton Rex est complètement frisé, comme l'agneau dit de Boukhara, d'Astrakan. Puis, de même que chez cet agneau, la fourrure disparaît au bout de quelques jours, mais il persiste, le plus souvent, chez l'adulte, des ondulations chatoyantes qui, liées à la douceur, au velouté du pelage, rendent la fourrure du Rex particulièrement séduisante.

Ces expériences confirment les principes de la génétique mendélienne et les vérifient, ici, intégralement. Ainsi, l'application des lois de l'hérédité expérimentale enrichit le catalogue des succès, chez les animaux de compagnie qui restent, nous le voyons, toujours perfectibles.




Courte histoire:

 

"Kater Munk", Premiers Rex 1930/31; Koenigsberg/Prusses.
Environ en 1947 "Laemmchen" (petit agneau), également en Prusse.
On a apporté des Laemmchen à Berlin/Est.
Le Laemmchen habite à partir de 1951 pour doctoresse Rose Scheuer-Karpin.
Premier  Rex-nouvelle génération après cinq ans.
Premier GRX en Amérique "Christopher Columbus".
D'autres chats ont suivi. (Rex et hybrides)
Deux chats pour la France (Prof. Letard). "Cleopatra" et "Caesar".
"Caesar" avec un nouveau nom: "Marco Polo".
"Cleopatra" est décédé après un mauvais voyage en avion.
 



Le Prof. Letard écrit plus. Veuillez lire! 

 

©

Chatons Rex a la naissance. Souche française. (Cl. Laboratoire de I'École Nationale Vétérinaire d'Alfort.)



Nirvana a Lilium, GRX , brun©

Ci-dessus <Nirvana a L'ilium>, Rex blond dont le caractère est extrêmement doux et tranquille. En page 34: un jeune Rex noir, <Niklaus> fils de <Lisa>, ne en août 1964. En page 35:<Nirvana> est un beau Rex brun, ne en avril 1964.



Marco Polo (Cäsar);©

German Rex black,©



©

Un Rex bleu <New Cat> (Cliches Nature-Magazine pris chez le Professeur Letard.)



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12.09.07
© by
Professeur Letard  Mrs. et dr. r. scheuer-karpin